Colère normale et pathologique : la gestion de la colère

colèreLa colère : État affectif violent et passager, résultant du sentiment d’une agression, d’un désagrément, traduisant un vif mécontentement et accompagné de réactions brutales (Larousse).

La colère, comme toute émotion, est une réaction à un événement. Mais, il ne faut pas se tromper. Ce n’est jamais un événement en soi qui déclenche l’émotion et la colère. Elle est toujours le résultat d’une interaction entre un désir, une attente et un événement contraire. L’obstacle perçu du désir la déclenche. L’intolérance à la frustration génère la colère. Pour le colérique, son désir doit être satisfait immédiatement et ne comprend pas et n’accepte pas la non-satisfaction de son désir. La colère est un signal qui nous indique la frustration d’un désir, la remise en cause d’une attente, l’attaque d’une valeur. Dans la colère, le désir prime. Nous planifions et anticipons tel résultat réel. La colère apparaît quand la réalité ne correspond pas à notre attente de nous même ou des autres. Sa fonction est donc de nous informer mais surtout d’informer l’autre qu’on n’est pas satisfait, qu’il doit réagir pour correspondre à notre désir.

La question à se poser est de savoir si nos attentes sont réalistes. Les colères sont normales et utiles. Mais elles deviennent pathologiques quand elles sont causées par des interprétations et des anticipations inadaptées.

Ici, nous abordons les Thérapies Comportementales et Cognitives (TCC) de la colère. La colère est douloureuse pour soi et pour les autres. Elle est immédiate, soudaine, et violente. Elle nous fait perdre le contrôle.

Comment faire pour gérer son émotion ? Les cognitivistes mettent l’accent sur les « cognitions » c’est-à-dire les pensées de l’individu immédiatement avant, pendant et après la colère. Le travail sur les pensée est le plus important pour apprendre au colérique à retrouver le contrôle de son émotion. Mais il ne faut pas oublier que la colère est toujours l’expression d’un désir frustré spécifié par des anticipations. Les TCC de la colère consiste donc à s’interroger sur le réalisme de ses anticipations désirées.

Le thérapeute TCC demande au patient de remplir un tableau dans le but d’analyser ses colères. Dans lequel, il remplit la première colonne intitulée : situation. Ici, il inscrit les données objectives de la situation dans laquelle il a ressentit une colère : lieu, date, heure, personnes ou objets. La deuxième colonne concerne l’émotion, sa nature, dans notre cas, c’est la colère mais surtout son intensité subjective entre 0 et 10. La troisième colonne est la plus importante à savoir les pensées. Il s’agit d’identifier ses pensées pendant la colère. Quel est votre monologue intérieur simultanément à votre colère ? La dernière colonne est réservée à votre comportement, à ce que vous faîtes.

Ce travail basé sur ce tableau d’auto-observation a une double fonction, celle de connaître pour l’individu et pour le psychologue TCC les mécanismes singuliers des colères du patient mais celle de reprendre le contrôle de soi car par l’auto-observation, l’individu prend du recul sur la situation, sur ses attentes et ses désirs ce qui lui permet de commencer à gérer ses colères.

Une fois que nous avons passé le temps nécessaire pour identifier les schémas cognitifs constants à travers les pensées automatiques, le patient et le psychologue TCC travaillent ensemble sur les croyances et les inférences  de l’individu.

Par exemple, je rentre chez moi. Je vois mon conjoint les pieds sous la table devant la télé. Il me salue. Je ressens une violente colère. Je me sens méprisée et insultée. Comment peut-il m’attendre dans ces conditions et dire qu’il m’aime !!! Je lui hurle dessus qu’il ne m’aime pas !!! Car si tu m’aimais le repas serait fait quand j’arrive !!! Tu en as rien à faire de moi !!! Je pars pleurer dans ma chambre. Le psychologue TCC demande à la patiente ses pensées au moment de cette colère. Quelles étaient vos attentes ? Je m’attendais qu’il fasse à manger. Le psy. : lui avez-vous exprimez votre désir ? euh, non … Comment voulez vous qu’il connaisse votre attente ? S’il m’aimait, il le saurait ! Le psy. : Vous pensez donc qu’il ne vous aime pas ? Oui ! il ne fait jamais attention à mes désirs ! Le psy. : mais si vous ne lui exprimez pas, il ne peut pas les connaître et les satisfaire. Si nous revenions sur la situation, quand vous êtes arrivée, vous l’avez vu se détendre et vous saluer. Oui. Objectivement, cette situation ne déclenche pas votre colère. C’est votre interprétation qui a déclenché votre émotion. Vous attendiez qu’il ait préparé un repas en amoureux. Voyant que votre attente non exprimée n’était pas satisfaite, vous vous êtes mise en colère et vous êtes partie pleurer dans votre chambre. La question qu’on doit se poser est de savoir si votre attente était réaliste. À savoir pouvez vous attendre de la part de votre conjoint qu’il vous prépare un repas en amoureux tous les jours ? Non. Qu’est-ce qui vous paraît réaliste ? Que de temps en temps, il  me surprenne à organiser un diner. Comment votre désir puisse être satisfait alors que vous ne lui en avait jamais parlé ? Pensez vous que vous pouvez lui parler pour la semaine prochaine ? Oui.

Cet exemple illustre brièvement le travail quotidien lors d’une Thérapie Comportementale et Cognitive (TCC) dans le cadre de la gestion de la colère. Nous recherchons les pensées et les attentes irréalistes. En les interrogeant sur leur caractère réaliste, nous concevons et formulons des anticipations plus adaptées à nous-même et aux autres. Il ne s’agit pas de renoncer à son désir dont la colère exprime la frustration mais de le comprendre, de l’interroger sur son réalisme et de l’adapter à la réalité pour le satisfaire.

Ressentir la colère, la comprendre et exprimer son désir directement.

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